Portrait d’un avocat forgé par le droit (par Guillaume Tefengang)

Mes chers lecteurs,

Je me propose aujourd’hui de dérouler devant vous le fil d’une vie, non comme on expose un curriculum figé et desséché, mais comme on ouvre un manuscrit annoté, raturé, parfois taché par l’encre de la lutte, et traversé d’éclairs de lumière. Il ne s’agit point ici d’exalter une figure, mais de contempler un chemin, le mien, que j’ai bâti pas à pas, sous le regard des lois, et au rythme des combats que la justice inspire à ceux qui, comme moi, refusent de s’en détourner.

Guillaume Tefengang - Avocat international - Un parcours façonné par la rigueur et l’idéal

Je suis né à Yaoundé, dans ce quartier qu’on appelait Cité verte, et qui, sous ses frondaisons épaisses, dissimulait parfois de rudes réalités sociales. C’est là que mes yeux d’enfant, encore vierges de toute rhétorique, croisèrent pour la première fois la silhouette imposante d’un palais de justice. Il est bien évident que ces images répétées, ces bâtiments sévères, ces portes closes et ces robes noires, éveillèrent en moi, non un désir d’autorité, mais une immense soif de comprendre. Qu’est-ce à dire ? Que dès ces années premières, l’idée de justice s’imposa à moi non comme une discipline extérieure, mais comme un mystère intime, une question lancinante à laquelle je ne pouvais répondre que par l’engagement.

Il appert que le Lycée Leclerc, où je fus formé, me donna bien plus que des outils. Il me donna le goût des textes, le sens du débat, et une conscience vive des inégalités. Là, entre les cours de lettres et les premières dissertations de droit, je compris que les règles n’étaient pas des carcans mais des leviers. D’une part, elles encadrent la violence ; d’autre part, elles révèlent la tension entre ce qui est et ce qui devrait être. Cette tension, je ne l’ai jamais fuie. Elle est devenue le souffle même de mon engagement.

À l’Université de Yaoundé II, entre 1995 et 2000, je plongeai dans le droit privé fondamental avec une ferveur que je n’avais jusqu’alors réservée qu’aux romans de Camus ou aux silences de la ville après la pluie. Je pense que cette période ne fut pas tant un apprentissage qu’une métamorphose. Les concepts, d’abord austères, finirent par devenir des outils vivants, maniables, presque organiques. Puis, en poursuivant avec un diplôme en droit international des affaires, je fis un pas décisif : je quittai la sphère nationale, non par désaffection, mais par nécessité. C’est avec clarté que l’on peut constater que cette spécialisation internationale n’était pas un caprice mais un prolongement logique : le monde auquel je voulais m’adresser n’avait pas de frontières fixes.

La suite de mon parcours, en Belgique d’abord, au sein de D’Ath and Partners, puis chez Hoffman et Heymans, m’apprit une autre leçon, moins théorique, plus âpre : celle du quotidien du juriste, mêlé à la matière mouvante des affaires humaines. Ce furent des années de formation en creux, où l’on apprend autant par les cas gagnés que par ceux qui échappent. On peut remarquer avec aisance que chaque cabinet, chaque dossier, chaque client m’a permis d’élargir non seulement mes compétences, mais aussi ma conception même du rôle de l’avocat dans un monde qui change.

Sub conditione d’une indépendance assumée, je créai en 2012 « Art and Law ». Pourquoi mêler art et droit ? Parce que je refusais que la rigueur juridique se retranche dans un formalisme sec. Le droit peut être, aussi, un langage créatif, une grammaire pour les formes libres que sont les œuvres, les projets, les intuitions d’artistes. Dans le cadre de cette initiative, je m’efforçai de rapprocher deux mondes que tout semblait séparer : l’inspiration et la norme.

Puis, entre 2015 et 2020, une double présence s’imposa : Bruxelles et Luxembourg. Le contraire eût été étonnant. Car il fallait que cette architecture que je construisais depuis Yaoundé s’élève, pierre après pierre, entre deux capitales du droit, deux foyers de décisions, deux zones d’influence. Travailler à AB Legal et chez Hance Law Luxembourg, c’était dire oui à une complexité nouvelle, celle de la transnationalité, des flux économiques, des contrats qui engagent des continents. Ceteris paribus, j’ai pu mesurer combien le droit des affaires n’est pas le contraire de la justice, mais un de ses visages les plus exigeants : celui où l’équité doit se faire lucide, mesurée, concrète.

C’est dans cette dynamique que j’ai fondé T-LEX. Non comme un aboutissement, mais comme un lieu de passage : entre l’Afrique et l’Europe, entre les juristes et les entrepreneurs, entre la rigueur et l’intuition. Il est bien clair et évident que ce cabinet est le fruit d’un cheminement long, d’une volonté têtue, mais aussi d’un regard lucide sur les besoins du monde tel qu’il est, et tel qu’il pourrait être.

Et pourtant, une question demeure. Peut-on, dans l’espace contractuel, où les intérêts s’affrontent et se négocient, maintenir vive cette flamme ancienne, presque naïve, que j’ai portée depuis mes années à la Cité verte ? Cette idée selon laquelle le droit n’est pas seulement un outil, mais un espoir ? Que la justice, même par des voies obliques, même dans les méandres de l’économie, continue de signifier quelque chose ? Peut-être faut-il, pour y répondre, interroger le lien entre éthique et technique, entre mémoire et stratégie. Et se demander si le juriste, en s’internationalisant, ne risque pas de s’exiler de lui-même. Voilà, mes chers lecteurs, un chantier qui mérite encore bien des pages.

Pour une lecture plus détaillée de ce parcours et de ses ramifications professionnelles, je vous invite à consulter l’article publié sur le site de T-LEX.

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